Cahiers d'Études du Religieux - Recherches interdisciplinaires sont l'émanation des activités du Centre interdisciplinaire d'Études du Religieux (CIER) au sein de la Maison des Sciences de l'Homme de Montpellier (MSH-M). Année de création 2006. Périodicité: Trois numéros par an.

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The Globethics.net libraries contains articles of the Cahiers d'Études du Religieux as of vol. 1(2008) to current.

Recent Submissions

  • État de César et État de David : esquisse d'une philosophie politique d'après E. Levinas

    Nordman, Sophie (Maison des sciences de l’homme de Montpellier (MSH-M)Cahiers d’études du religieux. Recherches interdisciplinaires, 2019-03-07)
    Cet article porte sur la réflexion engagée par le philosophe Emmanuel Levinas sur la question du fondement de l’État et de la fin que vise l’institution politique. A la théorie du conflit, sur laquelle repose la conception développée par Hobbes d’un État fondé sur sa capacité à mettre fin à la « guerre de tous contre tous », Levinas oppose un autre principe fondateur : la responsabilité pour l’autre. Ce principe éthique engage à penser autrement l’institution politique, et ouvre pour la philosophie politique des perspectives nouvelles dont Levinas trouve une expression privilégiée dans la tradition juive.
  • L’opposition des mouvements shintoïstes à l’Ouverture : la haine de la différence cultuelle lors de la transition socio-politique du xixe siècle

    Inenaga, Yusuke (Maison des sciences de l’homme de Montpellier (MSH-M)Cahiers d’études du religieux. Recherches interdisciplinaires, 2019-03-07)
    Cet article a pour objectif d’analyser comment la politique religieuse japonaise légitime la violence vis-à-vis des « païens », lors de la transition socio-politique du XIXe siècle. Les mouvements shintoïstes du temps s’opposent non seulement au culte chrétien, vu comme susceptible de troubler l’ordre public, mais aussi au culte bouddhiste, privilégié sous l’Ancien régime. Il s’agit d’interpréter le nouveau rôle socio-politique des idées shintoïstes : rétablir le fondement de l’État après l’ouverture du pays, en 1853. Cette évolution du shintô reflète une double tendance : la haine de l’étranger d’une part, le malaise suscité par une crise socio-politique, d’autre part.
  • Terreur et révolution : un cas de « persécutions religieuses » en milieu musulman au sud du Gansu (Chine) après 1911

    Hille, Marie-Paule (Maison des sciences de l’homme de Montpellier (MSH-M)Cahiers d’études du religieux. Recherches interdisciplinaires, 2019-03-07)
    Le 19 mai 1914, le saint fondateur d’une communauté musulmane chinoise au Gansu, le Xidaotang, est abattu avec l’ensemble de son lignage par le seigneur de guerre Ma Anliang. L’enquête au cœur de cette étude vise à détricoter les fils de cette intrigue politico-militaire. Dépassant le cadre interprétatif classique des « persécutions religieuses », l’analyse porte sur les ressorts religieux, politiques et économiques à l’origine des résistances contre ce courant moderniste et progressiste. L’étude s’articule autour de deux facteurs centraux : l’obstacle que Ma Qixi représente dans la trajectoire politique du seigneur de guerre Ma Anliang et la situation de chaos laissée par les troupes du bandit Bai Lang permettant un usage de la violence en dehors de tout cadre légal.
  • Le mythe du retour, le renversement d’un mythe : sociohistoire d’une « crise identitaire »

    Benaissa, Hicham (Maison des sciences de l’homme de Montpellier (MSH-M)Cahiers d’études du religieux. Recherches interdisciplinaires, 2019-03-07)
    À la manière d’un essai argumentatif, nous souhaitons défendre l’idée que le réinvestissement du religieux par une partie des « musulmans » nés en France doit également se comprendre comme le produit d’une histoire sociale et politique précise. En effet, nous argumenterons que le « mythe du retour » qui a caractérisé la première génération d’immigrés, s’est renversé, sous la forme d’une violence symbolique, en une mythification des origines pour désigner les générations suivantes. Si nous appréhendons le religieux comme un langage symbolique, nous nous autoriserons alors de voir qu’il rend possible une fidélité symbolique à des origines desquelles on s’éloigne progressivement. Double mouvement de distanciation et d’assignation, générateur de toutes formes de crises identitaires.
  • Le fratricide biblique, représentation de la violence humaine en surmodernité ?

    Zwilling, Anne-Laure (Maison des sciences de l’homme de Montpellier (MSH-M)Cahiers d’études du religieux. Recherches interdisciplinaires, 2019-03-07)
    Le récit biblique de Genèse 4,1-16, raconte le meurtre d'Abel par son frère Caïn. Ce récit de fratricide, intervenant selon le récit dès les premiers temps de l'existence humaine, à la fois affirme l'existence de la violence au cœur de la relation humaine, et en offre un cadre d'interprétation symbolique. En surmodernité, et dans une société sécularisée, ce métarécit religieux perd sa capacité performative, ce qui interroge sur les modalités contemporaines d'interprétation de la violence.
  • Le prosélytisme au regard du droit : une liberté sous contrôle

    Fortier, Vincente (Maison des sciences de l’homme de Montpellier (MSH-M)Cahiers d’études du religieux. Recherches interdisciplinaires, 2008-07-04)
    Protégé et garanti au titre de la liberté religieuse, le prosélytisme semble, de ce fait, n’avoir aucune autonomie. Cependant, le prosélytisme tend à devenir, en France, une question juridique à part entière. Cette construction du prosélytisme comme problématique juridique spécifique, à travers l’examen de la jurisprudence française (en regard de celle de la Cour européenne) se traduit par un encadrement et une portée autonomes attribués au concept.
  • Le droit des missions aux colonies : une affaire « patrimoniale » ?

    Durand, Bernard (Maison des sciences de l’homme de Montpellier (MSH-M)Cahiers d’études du religieux. Recherches interdisciplinaires, 2008-01-25)
    Rarement de la compétence du législateur métropolitain, sinon à appliquer les solutions arrêtées sous le régime du concordat, souvent abandonné au législateur local et encore plus souvent laissé à l’état de « fait » ?, le droit des missions dans les colonies, lorsque s’engage la question des liens entre Église et État sous la IIIe République, accuse des traits originaux. Au-delà des interrogations relatives aux autorisations, à la police des cultes, aux immeubles affectés aux cultes, revient de façon répétée la question du droit de propriété reconnu aux missions. Procès, transactions, arrangements, conflits font se rencontrer le Domaine et les « missions » devant un juge le plus souvent embarrassé pour dire le droit. Faut-il en conclure que les difficultés d’introduire les lois de 1901, 1904, 1905 se marient avec celles lancinantes de l’introduction d’un régime du droit des biens, tout aussi difficile à dessiner ? C’est l’hypothèse à présenter.
  • Le XVIIIe siècle : éveil protestant et déclin catholique ?

    Krumenacker, Yves (Maison des sciences de l’homme de Montpellier (MSH-M)Cahiers d’études du religieux. Recherches interdisciplinaires, 2008-01-25)
    Si, au début du XVIIIe siècle, les missions catholiques ont paru faire preuve de plus de dynamisme que les missions protestantes, tel n’est pas le cas, en revanche à la fin du même siècle qui présente aux yeux de l’observateur une situation inverse. Quelles sont alors les raisons d’une telle inversion ? Quelles explications est-il possible de proposer à ce changement ? Enfin, quels sont les facteurs qui favorisent ou handicapent le développement des missions.
  • L’émergence de la missiologie comme discipline critique du fait missionnaire à l’époque contemporaine

    Zorn, Jean-François (Maison des sciences de l’homme de Montpellier (MSH-M)Cahiers d’études du religieux. Recherches interdisciplinaires, 2008-01-25)
    L’enseignement et la recherche missiologiques de type universitaire dans l’espace francophone sont une création récente, des années 1980. Comment expliquer ce « retard » ? Alors que la première chaire universitaire de missiologie en Europe a été instituée dans l’Allemagne protestante à la fin du XIXe siècle ? Cet exposé s’attachera d’abord, avec l’appui des hypothèses du missiologue protestant français Édouard Vaucher (1847-1920), à définir quelques facteurs généraux qui expliquent pourquoi la pratique missionnaire contemporaine précède la théorie missiologique. Née au premier XIXe siècle dans l’esprit du Réveil, la mission outre-mer craint la missiologie comme discours critique de son geste, réussit même sans la missiologie avant d’en avoir besoin pour faire face à ses difficultés. L’étude de cas de l’École des missions de la Société des Missions protestantes française (1822-1970) permettra de s’interroger sur les fondements épistémologiques d’une discipline théologique contemporaine, la missiologie.
  • Épopée biblique entre traduction poétique et commentaire exégétique

    Fraïsse, Anne (Maison des sciences de l’homme de Montpellier (MSH-M)Cahiers d’études du religieux. Recherches interdisciplinaires, 2009-01-06)
    L’adaptation en hexamètres dactyliques de la vie du Christ à partir de l’Évangile de Matthieu est riche d’enseignement sur les rapports de ce genre littéraire – l’épopée biblique – avec à la fois le texte biblique et la littérature païenne. On assiste à la naissance d’une poésie chrétienne qui s’adresse à un lectorat lettré, mais dans un contexte historique – sous l’empereur Constantin – dans lequel s’impose un sentiment d’allégresse triomphante de la part des chrétiens. Il s’agira ici d’étudier à travers deux passages – la préface et l’épisode de la tempête – la forme et le sens que prend le travail de ré-écriture du poète chrétien.
  • La conversion à l’époque carolingienne1

    Savigni, Raffaele (Maison des sciences de l’homme de Montpellier (MSH-M)Cahiers d’études du religieux. Recherches interdisciplinaires, 2011-09-26)
    À l’époque carolingienne, la conversion des peuples est surtout un phénomène collectif d’adhésion à un système politique et culturel, lié à l’initiative politique et militaire des souverains francs et des missionnaires envoyés par eux (comme Anschaire), parfois en compétition avec l’Empire byzantin (comme dans l’espace bulgare). Mais on entrevoit aussi quelques expériences personnelles de conversion intérieure, comme la conversion au judaïsme en 838‑830 du diacre Bodo, lié à la cour de Louis le Pieux, ainsi que le martyre volontaire de plusieurs chrétiens espagnols, qui peut être envisagé comme une réponse polémique et un défi au processus d’islamisation culturelle de la société mozarabe.
  • Le néocriticisme d’Henri Bois et ses conséquences missiologiques

    Randriamanantena, Mino (Maison des sciences de l’homme de Montpellier (MSH-M)Cahiers d’études du religieux. Recherches interdisciplinaires, 2011-02-07)
    Sa philosophie, inspirée du néocriticisme française, conduit Henri Bois à étudier et à rencontrer des religions non chrétiennes. Notre contribution se propose d’exposer de quelle manière la pensée d’Henri Bois évolue au contact de celles-ci. Issu de la tendance évangélique (ou orthodoxe) du protestantisme de l’époque, qui tend à exclure toute religion en dehors de Jésus Christ, Henri Bois, par l’importance qu’il accorde à la conscience morale et à l’accomplissement de l’idéal moral et religieux en Jésus, dépouille au fur et à mesure sa christologie, entraînant une évolution non négligeable au niveau de sa conception de la Mission.
  • Les religieuses au cinéma : quelques pistes de réflexion1

    Pettinaroli, Laura (Maison des sciences de l’homme de Montpellier (MSH-M)Cahiers d’études du religieux. Recherches interdisciplinaires, 2012-06-18)
    Si les films consacrés aux religieuses sont souvent l’occasion de polémiques, l’approche scientifique -notamment historienne- de ces œuvres reste rare. Cet article se propose donc de définir un corpus de films consacrés aux religieuses. Pour illustrer l’intérêt de ce corpus (une cinquantaine de films réalisés dans la seconde moitié du XXe siècle à travers le monde), nous proposons d’ouvrir une réflexion autour de deux questions : la dimension historique et la figuration du cloître.
  • Commencements, fondations et origines des deux cités dans La Cité de Dieu de Saint Augustin

    Cournault, Philippe (Maison des sciences de l’homme de Montpellier (MSH-M)Cahiers d’études du religieux. Recherches interdisciplinaires, 2019-05-20)
    La question des commencements est centrale dans le domaine du religieux. Or, La Cité de Dieu de Saint Augustin se proposant de lire l’histoire universelle comme l’histoire de deux cités est une lecture religieuse de l’histoire. Il est donc intéressant d’examiner comment elle traite la question des commencements de ces deux cités et avec quelles notions : celles de commencement, de fondation ou d’origine ? Les trois se révèlent pertinentes : Saint Augustin dans La Cité de Dieu affirme un commencement radical dans le temps ou avec le temps des deux cités et leur attribue des figures fondatrices. Mais, plus profondément, on peut aussi déceler qu’il suggère une origine des deux cités dans un mystérieux avant-temps.
  • À la recherche de la fidélité perdue du Sūtra du diamant : reconstruire l'Original des textes bouddhiques à partir de sources sanskrites

    Wang, Emilie (Maison des sciences de l’homme de Montpellier (MSH-M)Cahiers d’études du religieux. Recherches interdisciplinaires, 2019-05-20)
    Le Sūtra du diamant traduit en chinois par Kumārajīva au début du Ve siècle, fait l’objet des études inter-linguales en comparaison avec les versions sanskrites. De là sa traduction est censée être moins fidèle sur l’échelon textuel. La méthode principale dans le domaine bouddhologique renvoie à l’édition critique, employée à son origine aux textes sacrés et classiques occidentaux. La question se pose alors sur l’« Original » vis-à-vis de « textes sacrés orientaux » : nous allons aborder le questionnement autour de « la langue du Bouddha », ensuite les versions sanskrites et l’étude comparative du Sūtra, puis des réflexions sur l’interaction de religions du point de vue de la « traduction ».
  • Les métamorphoses du chaos : le Non-Être chez Plotin, Jamblique et dans les cosmogonies méditerranéennes

    Lemnaru-Carrez, Andreea-Maria (Maison des sciences de l’homme de Montpellier (MSH-M)Cahiers d’études du religieux. Recherches interdisciplinaires, 2019-05-20)
    Cette étude entend aborder la question du Non-Être dans sa double dimension : en-deçà de l'être (la χώρα du Timée), et au-delà de l'être. Il s'agit en particulier d'étudier l'Un comme Non-Être selon la première hypothèse du Parménide chez Plotin et Jamblique, après avoir rappelé la genèse de ce concept chez Platon et Aristote. Nous y analysons également le passage du Non-Être à l'être dans la cosmogonie égyptienne telle qu'elle est développée par Jamblique en De Mysteriis VII et VIII, avant de montrer en quoi la figure du chaos aquatique des mythologies égyptienne et orphique pourrait constituer l'origine de l'Un comme Non-Être néoplatonicien.
  • Récits des origines

    Cakpo, Érick; Cournault, Philippe; Lemnaru-Carrez, Andreea-Maria; Wang, Emilie (Maison des sciences de l’homme de Montpellier (MSH-M)Cahiers d’études du religieux. Recherches interdisciplinaires, 2019-05-20)
    Avec ce nouveau numéro des CER.RI, nous revenons à la thématique des commencements, dans une déclinaison sur le temps long, qui nous fait passer de l’Antiquité grecque et latine aux sociétés traditionnelles d’Afrique. Avec le texte rangé sous la rubrique « varia », il sera question d’une recherche sur l’origine, mais, cette fois-ci sur le plan textuel, s’agissant de la reconstruction des textes bouddhiques originels à partir de témoins sanskrits.
  • Récits fondateurs et construction de discours religieux : la question du temps des commencements en Afrique subsaharienne

    Cakpo, Érick (Maison des sciences de l’homme de Montpellier (MSH-M)Cahiers d’études du religieux. Recherches interdisciplinaires, 2019-05-20)
    Peu connus par rapport à ceux du Proche-Orient ancien, les mythes des sociétés traditionnelles africaines constituent des révélateurs de premier ordre des structures profondes de la pensée de l’homme africain et des rapports que celui-ci entretient avec le monde, le divin et le sacré. Cette « vision du monde », essentiellement religieuse, nous est livrée par des récits fondateurs, qui, grâce à leur capacité à remonter aux origines des choses, constituent la principale source du savoir religieux du continent noir. À travers la question des commencements sous-tendue par l’adverbe interrogatif « quand », cette contribution propose d’étudier à nouveau frais la manière dont les mythes fondateurs structurent les croyances et les rites religieux en Afrique subsaharienne. Elle ambitionne de montrer que le mythe, par l’importance accordée aux récits fondateurs, est une réalité présente et vécue dans le champ religieux de cette partie du continent.
  • Religions et violence en contexte de modernité

    Bellio, Alfonsina; Benaissa, Hicham; Hille, Marie-Paule; Inenaga, Yusuke; Nordman, Sophie; Pelletier, Denis; Portier, Philippe; Santagata, Alessandro; Scholl, Sarah; Zwilling, Anne-Laure (Maison des sciences de l’homme de Montpellier (MSH-M)Cahiers d’études du religieux. Recherches interdisciplinaires, 2019-03-07)
    Religions et violence Norbert Elias avait envisagé l’histoire de l’Occident comme un heureux « procès de civilisation», pensé comme une intériorisation des pulsions et une maîtrise toujours croissante de la violence ; le siècle des liquidations permanentes (Imre Kertesz) aura jeté une ombre sur cette vision héritée des Lumières. Si la Grande Guerre semblait déjà désavouer les rêves kantiens de « paix perpétuelle », le séisme des totalitarismes et le « nouveau type d’êtres humains » (Hannah Arendt) qu’il faisait advenir, ont appelé, comme on sait, bien d’autres efforts de problématisation. Alors même qu'elles véhiculent souvent un message de paix universelle, les religions ne sont pas restées à l'écart des violences propres à la modernité. Violences religieuses ou violences dans l'orbite d'un monde « sorti de la religion » (Marcel Gauchet) : les exemples sont nombreux d'une imbrication étroite, quels que soient les espaces géographiques, les confessions, les types d'engagements et de mobilisation. S'interroger sur les violences, les religions et la modernité, oblige à aller au-delà de la perception d'une violence archaïque et pré-moderne, ou d'une pacification moderne des processus sociaux dont le processus serait linéaire. Si les religions proposent de sublimer la condition humaine, l’actualisation de ces projets ne va pas sans une part de destruction : des guerres que Dieu mène pour les hommes aux guerres que les hommes mènent pour Dieu, du mal qu’ils s’infligent à eux-mêmes à celui qu’ils infligent aux autres, la violence imprègne en profondeur les messages religieux. De ce fait, il est légitime, d’interroger les rapports de causalité entre violence et religions (sont-elles un facteur de guerre ou une source d’apaisement entre les hommes ?) Ce questionnement, qui risque toujours de déboucher sur une stigmatisation des fidèles ou du fait religieux lui-même, ne peut se limiter à investiguer la nature des réalisations concrètes d’un tel rapport. Il doit être poursuivi en tenant compte de la portée empirique de la problématique, mais aussi de sa consistance conceptuelle. La religion, qu’elle manifeste une attitude de justification, d’acceptation ou de condamnation face aux diverses manifestations de violence, fournit un horizon de sens global à la dimension conflictuelle de l’existence et de l’agir humains, en en élaborant une interprétation qui mélange immanence et transcendance. Or, les sciences des religions n'ont pas questionné de manière systématique les liens entre religions, violences et modernité. De même, les études sur la violence – physique ou symbolique – ont rarement pris en compte les facteurs culturels ou anthropologiques (Thierry Camous, John R. Hall). Pourtant, de très nombreuses ressources existent qui impliquent, de manière centrale ou non, des facteurs religieux, recherches souvent menées sur tel conflit (Seconde Guerre mondiale, conflit israélo- palestinien, conflit nord-irlandais, etc.) ou tel type de mobilisation ou discours (fondamentalistes chrétiens aux États-Unis, secte Aum Shinrikyo au Japon, Frères musulmans en Égypte, appel au Djihad pour la Syrie, luttes anti-coloniales, etc.). Voilà donc l’idée implicite au cœur de ce numéro : la religion, en tant que macro-catégorie phénoménologique, est une réalité qui non seulement subit et pratique la violence, mais qui la pense aussi, en parvenant, parfois, à développer de véritables systèmes idéologiques axés sur sa représentation. C’est dans cette lignée que ce numéro souhaite s’inscrire, en questionnant la diversité des contextes dans lesquels se réinventent les liens entre religion et violence, à la lumière d’une réflexion, directe ou sous-jacente, sur le discours post-moderne. Cette réflexion, débutée en 2012 par les post-doctorants du Groupe société, religions, laïcité (GSRL, UMR : CNRS-EPHE) sous l’impulsion de Daniela Campo, Julia David et Vincent Vilmain, s’est poursuivie par un colloque international à Paris. Ce colloque « Religion et Conflit. Violence pensée et pensée de la violence dans la post-modernité », organisé par Giulia Marotta et Romain Sèze[1], s'est déroulé au GSRL, les 13-14 mai 2014. Les éditeurs de ce numéro aimeraient tout particulièrement remercier toutes ces personnes qui ont permis à cette réflexion de se poursuivre jusqu’à ce numéro, ainsi que la direction du GSRL et spécialement Philippe Portier, sans oublier Denis Pelletier, pour leur soutien indéfectible pour l’équipe des jeunes chercheurs et post-doctorants du GSRL. Les éditeurs Daniela Campo, Emmanuel Kreis, Christophe Monnot et Sara Teinturier [1] Cette introduction reprend librement, pour une part, l’argumentaire de présentation de ce colloque.
  • Le fondamentalisme comme pathologie de l’origine1

    Antier, Guilhen (Maison des sciences de l’homme de Montpellier (MSH-M)Cahiers d’études du religieux. Recherches interdisciplinaires, 2018-06-28)
    Le fondamentalisme est le symptôme d’une postmodernité caractérisée par l’effondrement des fondations traditionnelles du sujet conjoint au triomphe du discours de la science. Ce symptôme se prête à interprétation. Ainsi, le fondamentalisme révèle à la postmodernité une face d’elle-même largement occultée, qui tient à un rapport à la croyance falsifié car posé en termes de savoir. Véritable scientisme religieux, il constitue une manière pathologique d’articuler événement fondateur, témoignage textuel et quête de l’origine, selon une logique de maîtrise du sens. Au final, le fondamentalisme nous pose aujourd’hui une double question : qu’est-ce que croire, et qu’est-ce que lire ?

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